Économie collaborative

Les CDU : Centres de Distribution Urbaine

27 juin 2017

Nés en Europe il y a une vingtaine d’années, les Centres de Distribution Urbaine (CDU) sont des plateformes logistiques situées en ville ou en périphérie urbaine. On y reçoit des marchandises en provenance des différents transporteurs à destination de différents clients, puis viennent ensuite les livraisons du dernier km en centre-ville. Grâce à cette organisation, les villes limitent ainsi les entrées et sorties de véhicules dans leurs centres, engendrant une diminution de la pollution. Focus sur les différents services proposés par les CDU et rencontre avec Jérôme Libeskind, fondateur de Logicités, expert en logistique urbaine et e-commerce.

Le but d’un Centre de Distribution Urbain est simple : organiser et optimiser les flux de marchandises en ville. Les CDU proposent ainsi aux commerçants de stocker pour eux, dans des entrepôts en périphérie urbaine, dans le but de leur faire gagner de l’espace de vente. Dans une logique de logistique urbaine, les transporteurs n’ont qu’à décharger leurs poids-lourds dans ces centres de distribution, les marchandises étant ensuite au besoin livrées dans les différents commerces, de plus en plus souvent en véhicules électriques. Un des avantages de ce modèle est la capacité de stockage de ces centres, engendrant ainsi une diminution des nuisances, de la congestion du trafic et de l’impact environnemental des véhicules de livraison en milieu urbain.

Bien souvent, les CDU vont bien au-delà de l’organisation et de l’optimisation des flux ; ce sont souvent des plateformes multi-services, qui proposent entre autres :

– La réception des marchandises (réception, contrôle des entrées),
– Le tri et le contrôle qualité (contrôle visuel, constat des défauts, vérification des quantités / références, absence d’étiquette…),
– Le stockage (saisie des données et traçabilité des stocks),
– La préparation des commandes (gestion des commandes, picking par système WiFi, optimisation des expéditions, traçabilité des colis, création de codes-barres, pose d’antivols, étiquettes…),
– Le colisage (conditionnement sur mesure, protections diverses),
– La livraison en « mode doux » (tricycles, véhicules électriques), livraison en magasin ou au client final, retrait des colis en « drive »,
– Gestion des retours (remise en conformité, reconditionnement, traçabilité, consignes…),
– Gestion des stocks (suivi en temps réel, transmission des livraisons, réassort, inventaire de stock.

Jérôme LibeskindMais force est de constater que les mentalités dans la gestion des stocks chez les commerçants et les transporteurs est difficile à changer et ce modèle peine à se développer dans certaines villes. Certains préférant le flux tendu et la multiplication des petites livraisons.
Afin de pousser un peu plus la réflexion sur ce sujet, nous sommes allés à la rencontre de Jérôme Libeskind, expert en logistique urbaine, afin de recueillir son avis sur le développement des CDU :

Pourquoi selon-vous les CDU peinent à s’imposer dans certaines villes ?

La réponse n’est pas simple. Le CDU correspond à une des formes de consolidation des flux, un des piliers de la logistique urbaine. En sorte, livrer le même périmètre avec moins de camions et moins de kilomètres. L’idée est très ancienne. Les gares routières, dans les années 1960, étaient déjà des CDU. Et les échecs sont liés aux mêmes causes, 50 ans après… Il faut d’abord considérer qu’il y a pas une seule logistique urbaine, mais une multiplicité de flux avec des contraintes physiques et organisationnelles différentes. Tout mettre sous le même toit ne peut pas fonctionner. Le second aspect consiste à inciter des acteurs générateurs de flux, transporteurs à regrouper leurs flux. Cela a toujours existé dans les zones rurales. Les messagers ont toujours eu pour logique de remettre à un acteur local les flux de zones reculées, souvent le même pour tous les acteurs. Donc là aussi, le CDU n’a rien inventé. A la différence que nous parlons ici des grandes agglomérations. Ce sont des territoires stratégiques pour les grands transporteurs et la mise en commun est complexe dans un contexte concurrentiel. Un autre point, et pas des moindres, est le surcoût de la rupture de charge. Le dernier kilomètre est un métier à très faible marge, qui supporte difficilement des surcoûts.

Entrepot logistique cdu

Autre point, et la liste est en fait assez longue, est le ralentissement des flux. Une rupture de charges implique un ralentissement des flux à une époque où les flux s’accélèrent. Il y a donc clairement une contradiction. Enfin, la réussite d’un CDU tient beaucoup à la réglementation incitative locale et surtout à l’application de cette réglementation. Nous voyons sur ce sujet de nombreuses bonnes intentions pas nécessairement d’application pratique. Donc le CDU est loin d’être la solution miracle de la logistique urbaine. Il y en avait une vingtaine en Allemagne, qui ont tous fermé… Les modèles les plus pertinents, hormis les pays nordiques qui ne répondent pas aux mêmes critères que la France, sont à regarder outre-manche. Ils sont souvent très spécialisés et mis en œuvre autour de problématiques qui ne sont pas exclusivement environnementales. Pour qu’un CDU fonctionne, il faut trouver d’autres leviers que l’écologie…

entrepot cduDans quelles villes les CDU fonctionnent actuellement le mieux et pourquoi ? Quelles différences avec les villes dans lesquelles les CDU fonctionnent moins bien ?

La géographie de la ville compte pour beaucoup. Revenons aux fondamentaux. Le CDU de Monaco fonctionne bien et est accepté à cause de la géographie (et aussi de l’acceptabilité des surcoûts, plus facile à Monaco qu’ailleurs). Les centres-villes des villes moyennes italiennes se prêtent bien au CDU.

Des partenariats avec des solutions numériques et collaboratives peuvent-ils participer à la pérennisation des CDU ?

L’information est au cœur du sujet et souvent la grande oubliée… Mettre des activités en commun nécessite une puissance d’information et une valeur ajoutée de ce point de vue. L’activité de stockage de proximité peut correspondre dans certains grandes agglomérations à des besoins auxquels les CDU peuvent répondre.

Le rapport récent de Terra Nova propose de mettre en place une éco-taxe « pour les autoroutes urbaines, notamment en Ile-de-France », ce type de mesure pourrait-elle relancer l’attractivité actuellement toute relative des CDU pour les commerçants et transporteurs ?

L’écotaxe régionale n’est pas nouvelle mais il est intéressant que Terra Nova et les experts qui ont travaillé sur ce sujet relancent le débat. Elle peut être incitative pour les CDU ou d’autres formes de logistique urbaine dans le cadre de conditions clairement définies. Mais, sans être juriste, je ne suis pas certain que nous puissions exonérer d’écotaxe des véhicules qui passeraient par un CDU. On peut exonérer d’écotaxe des véhicules propres, mais cela ne répond que partiellement à la question. Dans le rapport de Terra Nova, l’application de l’écotaxe toucherait au transit local. Une idée serait d’utiliser les recettes potentielles pour subventionner des opérations de logistique urbaine, dont les CDU.

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